07 juin 2009
Lettre à L.
Cette lettre commence bien mal, je ne sais pas si je dois écrire :
Chère L. ou
Salut vieille branche, ou
Bonjour L.
Depuis le temps qu’on se connaît, je ne t’ai jamais écrit. Toi non plus d’ailleurs.
Pourquoi on se serait empêtré dans des échanges épistolaires quand il était beaucoup plus amusant de jaser en roulant à vélo, en escaladant une montagne ou en sillonnant des pistes de ski de fonds.
Vois-tu, je suis devant mon clavier là, et j’ai toute la misère du monde à aligner deux mots correctement.
Pourtant aujourd’hui, il me semble que j’aurais tant de choses à te dire.
Mais bon, on ne peut pas partir en randonnée à vélo. C’est chose du passé maintenant. Tu as dû faire ton deuil de la petite reine.
Tu n’as pas fait de ski non plus cet hiver, ni l’hiver passé, tes os étaient trop fragiles, c’était dangereux pour toi.
Et la dernière montagne qu’on a grimpée ensemble, c’était le mont St-Hilaire, à l’automne, il y a deux ans. La vue était si belle au sommet.
Tu ne m’as jamais dit comment ça devait être difficile de renoncer à toutes ces activités au fil des mois qui passaient. On n’en parlait pas de ça. Tu acceptais tous ces deuils, et puis on s’adaptait, on faisait autres choses qui te convenaient mieux.
La dernière marche qu’on a prise ensemble, sur le bord de la rivière, tu étais assise dans ton 4 roues, il faisait un temps magnifique, on s’arrêtait pour écouter le chant des oiseaux, pour admirer le vert tendre des feuilles au printemps. Et tu appréciais le moment présent.
Avec le temps, j’ai compris la différence qu’il y avait entre se résigner et baisser les bras, ou plutôt accepter ce qu’on ne peut changer tout en continuant à se battre et à savourer chaque instant de la vie. Il y a des choses qu’on n’apprend pas dans les livres, ni dans les mots qu’on aurait pu se dire. Il faudra que je m’en souvienne maintenant, de cette façon que tu as eu de vivre chaque jour intensément, sans apitoiement, quoiqu’il arrive.
Une battante, c’est ce que tu es et que tu as toujours été.
Depuis quelques semaines, on a réussi à trouver un nouveau passe-temps : je fais le clown thérapeutique et, de ton lit d’hôpital, tu me donnes la réplique. On rit encore … un peu.
Tiens, hier, on s’est payé la tête de la diététicienne qui aurait bien aimé te gaver avec ses produits à la con. Ce que tu as été patiente pour écouter tout son baratin.
Mais tu l’as bien eu avec ton histoire de verre de vin qui n’est jamais au menu, et qui ferait pourtant mieux passer le dîner infect qu’on te serre. Oh! Tu ne rouspétais pas, je t’ai vue me faire un sourire en coin.
Tu ne te plains pas, tu me parles plutôt de l’infirmière souriante et attentionnée, du médecin consciencieux qui réussit à soulager la douleur et tu me dis comme tu es chanceuse d’avoir eu le meilleur.
Et bien moi, j’ai le clown triste, parce que c’est difficile, tu sais d’accepter que ta vie s’écoule lentement dans ce goutte à goutte qui atténue la souffrance.
Je trouve que c’est trop tôt, ce départ auquel tu me prépares.
Mais je me fais violence, tu sais. Et je me parle, je philosophe, je rationalise, tu me connais.
Parce que je sais que tu n’aimes pas les ronchonneuses, les geignardes, les pessimistes qui voient toujours le mauvais côté des choses.
En tout cas, ça doit bien faire 10 kilomètres qu’on roule là, je te laisse te reposer.
Ton amie aux atomes crochus.

Commentaires
Quelle tristesse...
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Quelle beauté dans ces paroles, quelle tendresse et quel déchirement tout à la fois ! J'ai les yeux embués et le coeur remué à la suite de la lecture de cette lettre... Et la photo est tout simplement superbe. Les mots me manquent pour exprimer ce que je ressens, mais si tu permets, j'aimerais te faire part de l’adage suivant : « Il est nulle douleur que le temps n’apaise. » Et tout comme dans l'hommage que j'ai rendu à mon père en juillet dernier, j'ajoute : Auteur inconnu et très certainement décédé. Dommage, car j’aurais bien aimé lui demander : « Combien de temps ? » Bon courage, Caboche au clown triste, et je pense bien fort à toi et à ton amie avec mon coeur réel dans ce monde virtuel. |
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Il pleut dehors et il pleut sur ma joue. C'est beau, tendre et poignant. Je te salue, clown au grand coeur qui distille les mots pour donner du bonheur et partage ses rires pour chasser le malheur. Je vous embrasse toi et ta protégée. |
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Oui, c'est beau, oui c'est tendre...et c'est aussi plein de retenu... Comme j'ai essayé de te dire, il n'y a pas longtemps, au téléphone, mais, ne me demande pas pourquoi notre conversation a soudainement déviée sur des propos insignifiants et pas du tout émouvants (j'ai ma petite théorie là-dessus), je ne peux que te conseiller de t'y mettre aussi, à l'appréciation du moment présent... Ton esprit t'amène dans un futur inéluctable, certe, mais tout de même futur, pas encore là... Tu vis ta tristesse à l'avance, tu souffres la perte de cette amie alors que tu l'as toujours... Rien de plus normal, cependant, que d'appréhender ce qui arrivera toujours trop tôt, surtout quand on sait que rien n'y changera quoi que ce soit. P.S.: Ah... ma théorie là-dessus?? Alors que toi tu affrontes et prends même un peu d'avance, moi, j'évite... Je me sens d'une maladresse abominable, et je fuis le sujet même quand on me met le nez dessus, au risque de passer pour une insensible au coeur dur, mais c'est bien inconsciemment. Je fais un grand détour mental, des pirouettes à ne plus finir, en espérant me faire oublier, je slalome gauchement, sachant très bien que tôt ou tard, je devrais faire face. Je suis d'une couardise paralysante devant la maladie grave, la mort qui rôde... et je n'en suis pas très fière... Je te trouve très courageuse dans la manière dont tu accompagnes et soutiens cette amie, et j'espère que tu me pardonneras d'avoir fait bifurquer la conversation ce matin... |
Le clown répond
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@ Rosie, @ Zygomo, @ Jo Désolé de vous avoir fait plonger dans un mélodrame. Au petit matin, j’ai pensé retirer le billet, (que j’avais écrit pour moi), ou peut-être fermer les commentaires, mais franchement ç’aurait été encore plus pathétique. Dans la panoplie de sentiments qui nous habitent, on partage la colère, l’indignation ou la joie assez facilement, mais il y a une certaine pudeur ou indécence à dévoiler la tristesse. Rosie, Rosie, ne te mets pas trop à l’envers. Ta compassion me touche. Pour te faire sourire, j’ai lu dans le journal aujourd’hui que c’est « La semaine nationale de la prudence au soleil », alors je crois qu’il va faire beau. Zygomo, le clown au grand cœur n’est pas toujours aimable, courageux et souriant. Il n’aime pas la planète entière inconditionnellement. Il ne faut pas le déifier, hein. Mais que cache le clown empathique sous son maquillage? Prochainement sur vos écrans : La vie secrète des clowns. Jo, « l’insensible, au cœur dur, remplie de couardise », je crois bien que quelqu’un a volé ton identité. Celle que je connais depuis … 15 ou 20 ans nourrit les affamés, les démunis et sous sa mince cuirasse défend la veuve et l‘orphelin, s’élève contre les inégalités sociales et l’injustice. Je l’ai souvent vu sur la ligne de front. Pour ce qui est du courage, je ne sais trop ce que c’est, mais je le définirais plutôt comme la capacité de prendre un risque, oser quelque chose quand on n’y est pas obligé. (ex. : laisser derrière soi ce qui nous convient plus et partir à l’autre bout du pays, j’en aurais pas eu le courage) Écrire un commentaire sur ce billet, il me semble que ça demandait du courage. Oui, je sais, vous sentiez une certaine obligation d’écrire un petit mot à Caboche. Et bien, merci pour vos commentaires, vous savez que ça fait plaisir, n’est-ce pas? |
Sû!
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Écrire un petit mot à Caboche triste, bien sûr! Ne sommes-nous pas très nombreux à éprouver cette angoisse face à la souffrance et la mort? Il me semble que le contraire traduit un manque de lucidité, du genre, il faut vivre pour l'autre bord où tout sera mieux... Comme il n'y a qu'un bord, une plus ou moins grande la responsabilité de faire au mieux nous revient. Pas toute, comme je venais d'écrire. La maladie, les accidents, les gènes, la biochimie, etc., il y a des circonstances avec lesquelles, si on le peut, il n'est possible que de composer. pas de pierre à jeter pour qui n'en aurait pas la force. Elle pourrait me revenir avec la force du lance-pierre ou du boomerang. Oui, écrire à Caboche, et revenir écrire ici, pour le PARTAGE. Partager cette douleur, cette souffrance, ou au sujet de celle-ci, il me semble que ça la rend moins lourde. Ne pas enfermer la tristesse et l'angoisse dans la solitude. On en deviendrait fou. Comme la journée sera un peu plus légère grâce à ce partage, nous pourrons peut-être emmagasiner un peu de ces joies furtives, parfois profondes, et continuer à tenter de fabriquer du bonheur, qui consiste aussi à partager ses tristesses et surmonter des épreuves, quand on y arrive. Pas de pierre à jeter. Bises, Caboche, Zed |
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@ Zed Il n’aurait pas été aussi libérateur d’écrire ce texte et de le garder que pour moi. Le partage, que ce soit des émotions ou des idées, nous fait avancer. Mais la « mère Térésa » me soufflait à l’oreille : tu vas bouleverser le lecteur inutilement, tu vas mettre les commentateurs/ …tristes dans l’eau chaude. Et puis, pas question de tomber dans « Les sanglots longs des violons … », désolée pour Verlaine. Mais bon, bien que je ne veuille pas transformer ce blogue en journal personnel, cet espace que nous choisissons d’occuper sur le Web vient toujours à nous ressembler et à parler plus ou moins directement de nous. Tous ces écrits m’ont été très précieux pour sortir justement d’un certain enfermement. Je respire mieux. Merci pour tes deux écrits. |
¦ )
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Faut que tu en parles à (ta copine) Postasie, qui devrait participer à ta déméréthérisation. Je te remercie à mon tour, moi, ainsi que tes commentateurs et commentatrices, car ton billet m'a accompagnée dans mes angoisses insolubles, que je cherche à ne pas laisser me brouiller la route de mes rêves, quand c'est possible. Zed |
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@ Zed Postasie n’a pas encore reçu de réponse du Grand Manipultou. Elle présume qu’Il croule sous l’avalanche de demandes suite à son billet. On peut toujours rêver en couleurs, la route est plus jolie. |
Oui, il va faire beau...
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Si ma compassion de touche, ma belle Caboche, ton courage, lui, m'impressionne. Je suis bien heureuse d'apprendre que les observations que tu reçues t'ont aidé à mieux respirer et je suis convaincue que je parle au nom de tous tes lecteurs quand j'écris que nous sommes là pour rire avec toi quand les choses vont bien, pour apprécier la justesse et la pertinence de tes billets sur tous les sujets qui te tiennent à coeur ou qui te passionnent et aussi et surtout pour t'épauler, te soutenir et t'offrir notre sollicitude quand les choses vont un peu moins bien. Bonne fin de soirée Caboche, et merci de TOUT partager avec nous! |
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| Quelle lettre magnifique. Je ne sais pas trouver de mots, mais j'ai les pensées vagabondes et plusieurs sont sur ce lit d'hopital... |
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@ Mica Quand des événements nous dépassent ou nous bouleversent, c’est très difficile en effet de trouver les mots. Il s’installe une autocensure, je crois. Je le sais, j’ai dû écrire un mot dans « la carte d’anniversaire » cette semaine. |
Il y a seulement une personne comme L.
| Je suis vraiment touché par cette lettre, ce qui me porte à écrire un petit mot pour la première fois. Cette personne est d’une grandeur incroyable et d’une force physique et mentale inimaginable. C’est tellement difficile de voir les gens que l’on aime souffrir à cause d’ignobles maladies. Moi je pense fuir ce lit d’hôpital car je n’arrive même pas a m’y rendre. J’aime tellement cette personne mais je ne comprends pas pourquoi je brille par mon absence. Il faut vivre le moment présent au maximum, car on ne sait jamais ce que nous réserve, demain. Je remercie, là haut, la personne responsable de m’avoir permis de croiser son chemin. Ton texte m’a fait vivre beaucoup d’émotions et je t’en remercie. |
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@ Marlou, Ça me fait tellement plaisir de te lire ici. Tu n’as pas choisi le billet le plus facile à commenter. Je salue ton courage. Tu sais, « briller par son absence » c’est parfois faire preuve de sagesse, et être sage demande aussi de la force de caractère. Ne te juge pas sévèrement et fais fi du jugement des autres. Sois sage. Je t’embrasse Caboche |
| Quelle merveilleuse lettre, je ne trouve pas de mots pour décrire ce que je ressens. Très beau en tout cas... |
| Ce n'est pas facile de trouver les mots pour exprimer l'émotion. Tu le fais si bien avec la photo. |
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