01 mars 2008
Toute bonne chose a une fin
Est-ce les vents froids de février ou un grand vent de folie, je ne sais trop ce qui me pousse aujourd’hui à vous raconter cette histoire un peu invraisemblable.
Depuis deux semaines j’héberge chez moi un très bon ami.
Enfin je devrais dire, je cohabite avec un étrange personnage qui m’appelle son Orchidée.
C’est chouette, non?
Inutile de vous dire que je suis sous le charme de mon nouveau coloc, plutôt pince-sans-rire avec un sens de l’humour impayable.
Alors voilà, je vous raconte un peu.
Mon ami vient du Vietnam, il y pratique la médecine Il est arrivé chez moi comme ça sans préavis connaissant mon sens de l’hospitalité.
Tous les soirs, il me parle de ses projets, des multiples aventures qui lui arrivent, mais surtout de médecine chinoise, d’herboristerie et de bonne bouffe.
C’est un gourmet gourmand alors du coup il est un peu rondelet mais il a vraiment une belle tête et une verve qui vous tient en haleine toute une soirée.
Ainsi, tout en bavardant, on sirote des thés fins et délicieux que son ami Thao lui apporte d’Orient : du gyokuro, du gabalong à l’arôme de réglisse et celui que je préfère, un thé rare du Fujian dont le cérémonial de préparation est plutôt spectaculaire. Lorsque le thé est bien infusé, un bouton d’amarante s’ouvre dans le liquide vert clair.
Mais à vrai dire ce qui m’amuse le plus ce sont les anecdotes qu’il me raconte sur les aléas du métier et particulièrement les frasques d’un patient, Xuan (nom fictif), un jeune homme tout en angles et en os saillants, aux doigts baladeurs, qui aiment les femmes enrobées et rêve de se perdre dans les replis molletonnés de ses conquêtes.
Tiens, je vous rapporte les mots de mon ami qui n’a pas son pareil pour raconter.
Xuan avait la figure engloutie dans la poitrine de Madame Mélisse, les joues calées entre deux globes d’une blancheur laiteuse et vivait un moment de pur bonheur. Il frémissait de joie à la vue de ce dos replet où son nez s’enfonçait à l’affût d’un parfum musqué…. Elle, se penchant vers lui, espérait qu’il effectue le périlleux mouvement du « hanneton soulevant une Citrouille »….
Bon, je m’arrête ici.
J’aimerais vous rapporter toutes ces histoires cocasses qu’il m’a racontées.
Je voudrais vous parler plus longuement de ce personnage original, excentrique, et haut en couleur qu’est l’ami avec qui j’ai partagé mes soirées depuis quelques temps.
Mais toute bonne chose a une fin. Hier, j’ai dû reconduire à la bibliothèque municipale cet ami volubile, enfin, le roman Les travers du Docteur Porc de Tran Nhut. Un roman goûteux, épicé, fait de personnages colorés, d’aventures rocambolesques où on parle de « meurtre par concupiscence », où des aveux sont rédigés avec un pinceau en poils de martre et où les acteurs passionnés se retrouvent parfois dans de drôles de positons (du coq en pâte au Gecko accroché à la Poutre). À vous maintenant d’inviter cet ami. Bonne lecture. Vous pouvez lire une critique intéressante par ici.

09 février 2008
White
Bien qu’ensevelie sous la neige depuis 3 mois et presque gelée de la tête aux pieds, je mets le cap sur l’Antarctique.
Depuis quelques jours, je suis complètement frigorifiée par la lecture de White de Marie Darrieussecq.
Iceberg en vue. Crac.
Les premières pages sont déroutantes par le style presque télégraphique qu’utilise l’auteur. Stop. Par la panoplie d’onomatopées qui jalonnent le texte. Vlan.
Un bateau se fraie un chemin à travers une mer houleuse et les glaces de l’Antarctique.
Un avion transportant scientifiques et chercheurs prend la même direction.
Les voyageurs qui se dirigent vers le pôle sud ont le mal de mer, la lectrice souffre avec eux du roulis et du tangage. Beurk.
Ce roman n’a rien à voir avec la littérature conventionnelle, il nous fait voyager par tous les sens dans un espace nue, balayé par le blizzard, blanc de givre, de cristaux de glace se reflétant sur le ciel bleu, entre le conte, le roman et le poème.
C’est l’été au pôle sud, il fait -40C, c’est le soleil de minuit, on sert le champagne en glaçons.
«Accoudés au bastingage, et hop et crac et chchchch… avec la même curiosité nous assistons au gel des haubans. … Puis les gangues de gel, puis les stalac-tites-tombent-mites-montent du gel sur tous les instruments de bord! »
Les voyageurs ont traîné avec eux leurs fantômes qui parlent pour eux.
« … Edmée, Peter, Peter, Edmée – ouh! ulule encore une voix – le poulailler de fantômes, criaillant et blackboulés – P dit oui, murmure oui, roule oui dans la bouche de E ».
« Avec quelques creux et bosses formés depuis longtemps, des vagues de glace, des sastrugi. Se gazéifiant vers l’horizon, et montant au-dessus d’elle, comme dans une nasse; et nous (les fantômes) dedans, les mêmes inchangés. Dans le givre qu’Edmée souffle nous esquissons des volutes. »
Je reste ambivalente face à White dont la lecture n’est pas facile. (Marie Darrieussecq ne l’est jamais). Mon enthousiasme est plutôt froid.
Du même auteur, j’avais aimé Truisme et Tom est mort.
J’ai trouvé peu de critiques sur White. Je vous renvoie à la critique de presse parfois un peu pompeuse mais qui donne une idée assez juste du roman, et à celle-ci.

Photo: Montréal sous la neige aux abords de la rivière. Février 2008
02 février 2008
Correspondance à saveur de moutarde douce
La météo m’incitant fortement à demeurer au chaud (-25º C, vent violent, 20 cm de neige), et une épicondylite m’interdisant une utilisation prolongée de l’ordinateur, je suis assise confortablement dans un fauteuil et je lis.
Et je ris.
Le roman de Stéphanie Hochet, Moutarde douce, me comble de bonheur.
Pour tout vous dire, je préfère de loin le goût de la moutarde à celle des poissons morts.
J’aime la satire, la moquerie et l’ironie qu’on retrouve tout au long de cette histoire. « Un jeune écrivain célèbre (Marc Schwerin) reçoit et commente les lettes de ses admiratrices. Entre cet homme et ses lectrices s’établit une relation ambiguë faite d’excitation, d’agacement et de dépendance.» Voici quelques extraits. p.24 « Marc, cher Marc, mon cher Marc, Alors, comme ça, vous existez vraiment? J’ai relu votre épître mille fois et j’ai pleuré d’émotion devant la sublime ligature qui vous tient lieu de signature. Et si cette ligature était le lien incassable et sacré qui nous reliait? …. »
p.80 (Marc écrivant à son ami Mustapha à propos de Sonia)
" As-tu remarqué, toi aussi, que la pucelle promène dans sa bouche un surcroît de bave - sans doute une accumulation de matière oubliée par des baisers inexistants - qui, quand elle parle, s'étire verticalement près de la commissure des lèvres et qui rappelle furieusement les fils du gruyère fondu ?"
p.180 « Savez-vous que je vous lis qu’une fois fardée et maquillée? C’est étrange mais je sens que le livre me rend visible quand l’auteur est grand. … Quand j’ai posé le livre, j’étais toute moite, mon visage était blême comme après l’orgasme. J’étais pleine de vous.»
N’étant pas très habile en matière de critique littéraire, je vous renvoie à cette page qui présente un résumé succinct de l’histoire et où l’avis de la lectrice rejoint bien le mien.
J’ai lu ce livre d’une traite, et je ne vous parlerai pas de la fin.
Il faisait partie de ma liste de « Lecture sous contrainte » mais sa lecture fut loin d’être contraignante.
Bonne lecture.

30 janvier 2008
Histoire de poissons qui ne se la coulent pas douce
Voilà deux semaines que je m’acharne à lire Le musée des poissons morts de Charles D’Ambrosio.
Le titre de ce livre avait piqué ma curiosité.
Le musée, j’aime bien à l’occasion y faire une visite.
Et pour ce qui est des poissons, j’adore la pêche sportive particulièrement lorsque je vois l’achigan se débattre au bout de ma ligne et sauter hors de l’eau.
Je me régale alors, au repas du soir, de filets amandines sautés au beurre, et rehaussés d’une sauce au vin blanc qui me comblent de bonheur.
Je sais, je m’écarte du sujet. C’est d’ailleurs ce que j’ai fait à chaque fois que j’ai ouvert ce livre.
Parce que ce recueil de nouvelles me fout le cafard. Huit histoires bien écrites j’en conviens, où l’auteur maîtrise parfaitement l’art du portrait. Mais ces bribes de vie qui mettent en scène des personnages malades, perdus, désespérés, des petites gens qui vivent dans la morosité et se battent contre l’absurdité de la vie, ça me déprime.
Si vous n’avez pas le moral à plat, s’il fait soleil chez vous, si la condition humaine ne vous désespère pas totalement, si vous n’êtes pas sous prescription de Prozac, alors installez-vous confortablement sous une lampe solaire et vous pourrez lire Le musée des poissons morts.
P.-S. : Ce titre fait partie de ma liste « Lecture sous contrainte » que vous trouverez ici.

16 janvier 2008
Lecture sous contrainte
En passant chez bob qui était passé chez moi, j'ai découvert un jeu chez J'ai lu.
Comme j’adore jouer et que j’aime bien lire, je m’y suis inscrite.
Je ne comprends pas encore très bien l’intérêt qu’il y a à vous dévoiler 6 titres de livres (avec contraintes) que je lirai en 2008.
Mais mon addiction au jeu, dont je vous parlerai dans un prochain billet, me pousse à participer à ce « marathon » de lecture.
Voici donc ma liste de livres qui respecte les consignes données.
1- Un livre avec une couleur dans le titre : White de Marie Darrieussecq
2- Un livre avec un nom d’animal dans le titre : Le musée des poissons morts de Charles D’ambrosio
3- Un livre avec un prénom dans le titre : Ni d’Ève, ni d’Adam d’Amélie Nothomb
4- Un livre avec un nom de lieu géographique dans le titre : Une année en Provence (que je relirai en février pour me rappeler qu’il y a des contrées où le climat est décidément plus clément que chez moi et que les habitants ont un accent charmant)
5- Un livre avec un phénomène météorologique dans le titre : Habillés pour l’hiver de David Sedaris (l’hiver est plus qu’une saison, il est une accumulation de phénomènes météorologiques inimaginables).
6- Un livre avec un nom de plante dans le titre : Moutarde douce de Stéphanie Hochet
J'adore relever des défis. Alors voilà c'est parti, je jouerai.
Et pour ce qui est de les commenter, je n’ai pas tellement de talents comme critique littéraire.
S’il arrivait qu’à la mi-octobre je n’aie commenté aucun de ces livres, je vous serais reconnaissante de m’en avertir.
13 juillet 2007
Lecture et mercure
Une lecture d’été, vous savez ce que c’est ?
Je n’ai jamais très bien compris pourquoi les maisons d’édition ou les critiques littéraires proposent aux lecteurs, des lectures d’été. Doit-on lire plus léger quand il fait chaud ? Y a-t-il une corrélation à faire entre la colonne de mercure et le quotient intellectuel du lecteur?
Pour ma part, que la météo annonce une tempête de sable ou une poudrerie, que je sois légèrement vêtue ou emmitouflée jusqu’au cou, mes goûts littéraires ne varient pas selon les saisons. Le livre ne m’habille pas, il m’habite.
Je dois cependant avouer que je fréquente une bibliothèque d’été et elle est située dans le ravissant village du Lac-du-Cerf, à 300 km au nord de Montréal. Le même village où on y trouve les meilleures fraises du Québec.
C’est pour vous dire comment, ici, on peut se nourrir à la fois le corps et l’esprit. Je ne vous parle pas de la Grande Bibliothèque et de ses millions de documents, mais d’un lieu convivial, joliment décoré, où la personne responsable, Francine, vous accueille avec le sourire, s’efforce de vous donner le meilleur service possible, et est soucieuse d’améliorer constamment les services offerts. Tout au long de l’année, on y propose des animations pour un public de tout âge, des rencontres d’auteurs, une heure du conte et des postes d’accès à Internet. L’été, on organise une vente de livres à prix modique. La bibliothèque s’enorgueillit de 3300 livres pour desservir une population de 458 résidents permanents. Une partie de la collection (800 ouvrages) viennent d’une bibliothèque centrale qui assure une rotation des livres durant l’année. La bibliothèque est informatisée et a son site Web sur lequel on peut même y faire de la recherche en ligne.
Voilà donc une jolie bibliothèque d’été pour lire et consulter des livres divers.

14 mai 2007
Une pause poésie
Assis en retrait de moi-même
je bavarde avec une image
j'ai beaucoup de travail
car je me tiens au plus près
de ce que j'ignore
Écrire à la main
ce qui nous sépare
nous rapproche
La distance est une couleur de l'âme
Jean-Marc Lefebvre Les ombres lasses


01 mai 2007
Moment d'évasion
(lecture en musique - doublecliquez sur le lecteur)
J’entends le bruissement du ruisseau,
Le vent doux caresse ma joue.
Un geai bleu lance des cris stridents.
Je suis assise,
Seule au milieu de la forêt.
J’ai marché longtemps dans le bois, longeant le ruisseau gorgé d’eau par la fonte des neiges.
Le sentier qui le borde est couvert de feuilles mortes,
Encore humides d’avoir séjournées tout l’hiver sous la neige.
Près de la chute, l’eau déferle en cascade
Puis gronde en dévalant la montagne.
En amont, le bruit s’estompe et fait place au chuchotement,
L’eau vive et claire glisse sur les pierres.
Dans un méandre, deux chevreuils s’abreuvent.
Je les observe un instant.
Sentant ma présence, ils partent au grand saut pour se mettre à l’abri.
Plus loin, au détour d’un grand sapin, les berges se rejoignent.
Le ruisseau s’affole.
Il sort de son lit,
Je marche sur la pointe des pieds.
Je m’arrête.
J’écoute les oiseaux qui piaillent et se font la causette.
Je souris de leur bavardage.
Je m’assois sur une immense roche.
L’odeur de mousse et de sapinage me remplit les narines.
Des petites feuilles d’un vert tendre habillent les bouleaux d’un air printanier.
J’entends le clapotis de l’eau.
Je suis seule au milieu de la forêt.
J’ai apporté un livre : Un homme à distance de Katherine Pancol.
Je lis.

04 mars 2007
École buissonnière
Charles Trenet chantait "Les enfants s'ennuient le dimanche", et moi, j'ai un coeur d'enfant. Je n'ai pas besoin de lire "Retrouver l'enfant en soi" de John Bradshaw, j'aurais pu l'écrire ce livre, tellement je ne l'ai jamais perdu de vu, l'enfant en moi.

Mais je n'aime pas les livres de psychologie populaire.
Bon, c'est mal parti, je m'éparpille, je voulais parler de l'ennui. C'est toujours comme ça le dimanche, je suis complètement désorganisée, je passe du coq à l'âne. L'anarchie, quoi!
J’entends mes amis me dire : Tu avais tellement hâte de ne plus travailler le dimanche, alors profites-en maintenant que tu es libre d’organiser ton temps, de faire ce qu’il te plaît.
Mais le dimanche, je n’aime pas.
Tiens, aujourd’hui, j’ai commencé plein de choses que j’ai laissées en plan. Pas la peine de vous le raconter, quand l’ennui s’installe, c’est ennuyant. Je regarde par la fenêtre, le temps est gris et les 35 cm de belle neige tombée vendredi tourne à la « slotche ». Je ne me décide pas à sortir. Je navigue un peu sur le Web, je lis un blogue, et je consulte les "liens amis". Il y a toujours sur les blogues, des liens vers d’autres blogues qui eux-mêmes mènent vers d’autres amis, des amis de l’autre. Vous me suivez? Moi, je m’y perds à tout coup. Toujours est-il qu’en me perdant dans le cyberespace, je suis arrivée ici.
J’y ai trouvé des suggestions de lecture intéressante, j’ai pris quelques notes et je suis allée à la bibliothèque emprunter quelques bons bouquins qui devraient occuper mes dimanches.
01 mars 2007
Quand l'histoire nous rattrape - Humour noir
Pour les fins d’une recherche, je feuilletais dernièrement un livre traitant de crimes et de châtiments. (Les crimes et les châtiments au Canada Français du XVII ème au XX ème siècle, de Raymond Boyer).
Ce bouquin n’est pas un ouvrage de fiction bien que certains passages pourraient le laisser croire tellement les coutumes décrites relèvent du barbarisme et qu'on a peine à y croire. Il permet tout de même au lecteur de jeter un regard critique, voire amusant, sur les mœurs et coutumes d’un passé pas toujours si lointain.
Est-ce que j’avais l’esprit mal tourné, je ne sais pas, mais j’y ai trouvé quelques cocasseries que j’appellerais «Du châtiment des siècles passés à la société de loisirs d’aujourd’hui ». Vous comprendrez mieux en lisant ce qui suit. Voici quelques châtiments qu’on infligeait en Nouvelle-France aux coupables de crimes divers.
L'auteur mentionne que ces châtiments avaient cours chez les Blancs et ne faisaient pas partie des coutumes des Indiens. On les appelait pourtant «les sauvages ».
La peine de la Cale Mouillée : « Ce châtiment infligé aux matelots français consistait à hisser le coupable à une vergue et, en lâchant brusquement la corde, à l’immerger dans la mer ».
Je ne sais pas pourquoi, j’y ai trouvé une certaine similitude avec le jeu de bungi???

La flétrissure : « ce marquage au fer rendait indélébile le souvenir de la faute ». La seule marque utilisée était la fleur de lys. Et le tatouage avait vu le jour!
Une peine légère : « En 1668, le Conseil Souverain condamna Pierre Pinelle … à être rasé et battu de verges jusqu’à effusion de sang ». Est-ce vraiment nécessaire de faire le parallèle avec notre époque? Les mutilations : « les mutilations appliquées en Nouvelle-France furent plutôt légères. …le blasphémateur Baudoin eut la langue percée ». Comment ne pas penser à la mode grandissante du piercing. Sur ce je vous tire la langue
